Vulnérabilité et insécurité : les travailleuses du sexe dans l’enfer de l’Est de la RDC

Article : Vulnérabilité et insécurité : les travailleuses du sexe dans l’enfer de l’Est de la RDC
Crédit: Human Rights Watch
4 novembre 2024

Vulnérabilité et insécurité : les travailleuses du sexe dans l’enfer de l’Est de la RDC

Comme un ultime recours pour survivre dans les camps de déplacés situés aux alentours de la ville touristique de Goma, des femmes et filles dans la fleur de l’âge, confrontées à une précarité extrême, se retrouvent piégés et contraintes de se tourner vers le travail du sexe. Dans une région meurtrie, elles espèrent subvenir à leurs besoins. Il s’agit d’une situation alarmante découlant des violences armées qui sévissent dans l’est de la République démocratique du Congo depuis des décennies.

Face à la crise économique engendrée par l’insécurité grandissante au Nord-Kivu et en Ituri, deux provinces les plus touchées par les séries d’agressions dont la République Démocratique du Congo (RDC) est victime, causant le déplacement massif de 7 millions de personnes, avec des camps des déplacés. À cause de cette crise humanitaire obligeant les déplacés à mener une vie dérisoire et sans aucune assistance concrète, les femmes se sont livrées à la prostitution pour avoir de quoi mettre dans l’assiette de leurs enfants voués à la misère sous le regard impuissant du Gouvernement et de la communauté internationale. 

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Le travail du sexe comme bouée de secours

« Je n’ai pas choisi cette vie. Si je me suis livré à la prostitution c’est parce que j’ai fui la guerre avec six enfants. Je dois absolument prendre soin d’eux, je ne saurais les laisser mourir de faim. En plus, je n’ai même pas de mari ni une famille qui pourrait m’assister. Je dois me débrouiller ou mourir de faim avec mes enfants », a témoigné, non sans amertume, une des travailleuses du sexe sous anonymat. « Avant la guerre, je menais une vie tranquille grâce à mes activités champêtres et à un petit commerce que j’exerçais mais je n’ai plus rien depuis qu’on avait fui », a-t-elle poursuivi.

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Des Congolais dans un camp de réfugiés de Kanyaruchinya, en RDC, en décembre 2022 (image d’illustration). © Guerchom Ndebo / AFP

Malgré les dangers auxquels elles font face et même au risque de contracter des maladies sexuellement transmissibles, ces femmes ont choisi, malgré tout, de survivre et de prendre soin des siens, même au péril de leur vie. « Si on avait le choix, on ne serait pas là en mettant nos vies en danger », a marmonné une autre femme à côté sous un ton ému de tristesse.

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Des vies en péril, les cris d’alarme lancés

À tout scruter de près, ces femmes ont conscience des risques auxquels elles s’exposent en vendant leurs corps, mais la survie passe avant tout.

« Je tombe souvent malade. Les genres des maladies que je ne saurais même pas décrire. Ça m’attriste énormément mais je dois survivre à tout prix. Même si souvent, je n’ai même pas de quoi payer pour me faire soigner convenablement », a confié une autre femme. Elle a poursuivi en indiquant que même si elle pouvait trouver les moyens de se payer ne serait-ce qu’un bidon d’essence, elle arrêterait sur-le-champ : « Cette vie impudique est contraire aux valeurs inculquées par mes parents. »

Pour sa part, Esther Lumoo, cheffe de bloc au sein du camp de Lushagala, situé dans l’ouest de la ville de Goma, a estimé que les femmes sont exposées à beaucoup de problèmes : même celles qui ne se prostituent pas sont victimes des violences sexuelles. Elle n’a pas manqué de lancer un message d’alerte à l’endroit du gouvernement, des ONG et à toute personne de bonne volonté de venir apporter une assistance de toute nature à ces femmes qui traversent l’enfer.

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« Face à cette triste réalité, je lance un message d’alerte à notre gouvernement, aux ONG qui œuvrent dans le secteur afin d’aider ces femmes à créer une association qui pourrait les aider à avoir un capital de départ pour amorcer des petits commerces et vivre dignement après un suivi psychologique » a déclaré E. Lumoo. Il est à noter qu’apporter une telle assistance à ces femmes serait un début dans le cadre d’éradiquer ce phénomène préoccupant qui empire de plus en plus.

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Le camp de déplacés de Rusayo, à la périphérie de Goma, dans l’est de la RDC, le 2 octobre 2023. Crédit : Alexis Huguet / AFP
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